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Prise de contrôle de Nexperia par le gouvernement NL

Prise de contrôle de Nexperia par le gouvernement NL

Actualités économiques |
Par A Delapalisse



 

Le lundi 13 octobre, le gouvernement néerlandais a pris une mesure décisive pour prendre le contrôle de Nexperia, une société de semi-conducteurs dont le siège se trouve à Nimègue, aux Pays-Bas, et qui appartient à l’entreprise chinoise Wingtech. Cette mesure, qualifiée de « tout à fait exceptionnelle » par les autorités, est motivée par des préoccupations liées aux défaillances de la gouvernance, à la sécurité nationale et à la préservation des capacités technologiques essentielles aux Pays-Bas et en Europe.

Contexte

Nexperia est spécialisée dans la production de semi-conducteurs essentiels pour les secteurs de l’automobile, de l’électronique grand public et de l’industrie. Ses produits comprennent des composants semi-conducteurs standards et « discrets » tels que des transistors, des diodes et des composants électroniques de puissance utilisés dans diverses applications quotidiennes.

La société appartient à Wingtech depuis 2018. Wingtech, un groupe électronique chinois, fait l’objet d’une surveillance accrue aux États-Unis en raison de son implication présumée dans l’accès à des technologies de semi-conducteurs sensibles. En décembre 2024, Wingtech a été placé sur une « liste d’entités » (liste noire) des États-Unis, ce qui le soumet à des contrôles à l’exportation. Ces tensions n’ont fait que s’aggraver avec le renforcement des règles d’exportation, en particulier pour les filiales des entreprises figurant sur cette liste.

Ce qui a poussé le gouvernement néerlandais à agir

Le gouvernement a fait état de « graves lacunes en matière de gouvernance » au sein de Nexperia et s’est inquiété du fait que les décisions et les actions de ses dirigeants posaient des risques pour la sécurité économique et technologique de l’Europe. Une audience de la Chambre néerlandaise des entreprises, qui s’est tenue le 7 octobre, a trouvé des raisons valables de mettre en doute la solidité de la gestion de l’entreprise sous la direction du PDG de l’époque, Zhang Xuezheng. Le risque que des produits finis ou semi-finis ne soient plus disponibles en cas d’urgence si la gouvernance ou le contrôle opérationnel de l’entreprise étaient compromis constituait un autre sujet de préoccupation. Outils juridiques utilisés : La loi sur la disponibilité des marchandises

Pour mener à bien cette intervention, le gouvernement néerlandais a invoqué la loi sur la disponibilité des biens (« Wet beschikbaarheid goederen »). Cette loi, rarement utilisée, permet à l’État d’assumer des pouvoirs extraordinaires dans des situations où les intérêts économiques ou de sécurité nationale sont menacés. En vertu de cette loi, le ministère néerlandais des affaires économiques peut désormais bloquer ou annuler des décisions internes de Nexperia considérées comme préjudiciables. Par ailleurs, des changements ont été opérés à la tête de l’entreprise : le PDG a été suspendu et un membre non chinois sera nommé et disposera d’un droit de vote décisif sur certaines décisions.

Ce qui reste et ce qui a changé

Malgré l’intervention, la production quotidienne de Nexperia est autorisée à se poursuivre. Les mesures prises par le gouvernement ne visent pas à fermer l’entreprise, mais à s’assurer que ses décisions stratégiques respectent les intérêts européens et à empêcher tout transfert d’actifs sensibles ou de propriété intellectuelle. Wingtech, la société mère, a réagi de manière critique, qualifiant cette mesure de « politiquement motivée » et dénonçant ce qu’elle considère comme un excès de pouvoir de la part du gouvernement néerlandais. Des recours juridiques sont attendus. Entre-temps, Nexperia a suspendu son PDG chinois et nommé Stegan Tilger (le directeur financier) au poste de PDG par intérim.

Implications

Ce rachat marque un tournant dans l’approche européenne de la propriété étrangère d’entreprises technologiques d’importance stratégique. Elle reflète une tendance plus large des États à recourir à des pouvoirs d’urgence ou à une réglementation plus stricte pour sauvegarder leur souveraineté sur les infrastructures critiques, en particulier dans le secteur des semi-conducteurs, et pourrait également avoir une incidence sur les relations internationales : La Chine a fermement condamné cette action, Wingtech étudie des réponses diplomatiques et juridiques, et la position des États-Unis en matière de contrôle des exportations semble avoir joué un rôle de catalyseur en poussant le gouvernement néerlandais à agir.

À suivre

  • Des recours juridiques de Wingtech et éventuellement de Nexperia pour contester l’intervention.

  • L’impact de cette décision sur la disponibilité des semi-conducteurs en Europe, en particulier dans des secteurs comme l’automobile et l’électronique industrielle.

  • La question de savoir si d’autres pays européens suivront le mouvement en intervenant de la même manière dans les entreprises technologiques détenues par des étrangers est jugée cruciale.

  • La réponse diplomatique et économique de la Chine, notamment en ce qui concerne les restrictions à l’exportation ou les mesures de rétorsion.


En résumé, la décision du gouvernement néerlandais de prendre le contrôle de Nexperia ne concerne pas seulement une entreprise, mais souligne les tensions géopolitiques croissantes, la surveillance accrue des participations étrangères dans des secteurs clés et le consensus croissant sur le fait que la souveraineté technologique et la sécurité industrielle sont des impératifs stratégiques dans l’environnement mondial volatil d’aujourd’hui.

 
 
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