Composants électroniques : des délais de livraison toujours anormalement longs
Les stocks restent très élevés et mettent les entreprises en difficulté. Leurs problèmes de trésorerie sont visibles des assureurs crédit qui dégradent leur notation, autorisant les fournisseurs de composants à durcir leurs conditions d’achat – alors même qu’ils sont à l’origine de ces difficultés ! Les entreprises constatent que les clients ne respectant les délais de paiement sont moins nombreux – témoignage réconfortant de la prise de conscience par les OEM/ODM que les EMS ne sont pas responsables des retards de livraison. Même si plus d’une entreprise sur deux déclare avoir procédé à des arrêts de production. Ce chiffre est en constante augmentation depuis le début de l’année.
Près d’une entreprise sur trois constate une atténuation de la pénurie et 6% une stabilisation. Mais le sentiment d’aggravation reste majoritaire. L’absence d’informations fiables et d’accompagnement de la part de nombreux fournisseurs explique cet état de fait, les acheteurs constatant un meilleur service de la part des distributeurs spécialisés, indépendants et de proximité.
Plus d’une entreprise sur trois signale avoir des difficultés d’approvisionnement pour des composants connexes à la fabrication électronique. La plasturgie, la tôlerie et la mécanique sont le plus souvent citées. Si à ce moment de la pénurie, qui est appelée à durer jusqu’en 2020, on constate une prise de conscience des clients sur la nécessité d’anticiper leurs besoins, on constate également l’émergence d’une autre crise : l’appauvrissement général de leurs connaissances techniques.
Il y a quelques mois, le SNESE avait déjà fait ce constat à destination des start-up afin de leur éviter de futurs déboires. Message entendu par les services de Bercy et principalement de la DGE qui ont lancé une expérimentation visant à inciter les nouveaux arrivants sur le marché de la fabrication électronique à intégrer très en amont la phase d’industrialisation. L’opération Voucher IoT, qui a pour objectif de sensibiliser les start-up est toujours en cours, pilotée par Cap Tronic. Le SNESE sera très attentif aux résultats.
Mais aujourd’hui, la pénurie de composants perdure et impose aux sous-traitants des contorsions sans nom. En effet, les délais supérieurs à 52 semaines, les mises sous allocation et la suppression pure et simple de certains composants – notamment des passifs – obligent les sous-traitants à chercher des solutions qui imposent bien souvent la réécriture intégrale des dossiers de fabrication, voire à proposer le re-engineering des cartes.
Seul avantage, non négligeable de cette situation : les clients de la sous-traitance ont compris qu’ils devaient tenir compte de ces longs délais en anticipant leurs besoins et leurs commandes
Première surprise, les sous-traitants constatent la pauvreté technique de nombreuses conceptions souvent récentes. Un dossier sur deux ne respecte pas les règles de l’art en matière de conception et d’industrialisation ! Il faut voir là le déficit de connaissances techniques élémentaires qui ira en s’aggravant du fait des carences de notre système de formation initiale qui n’enseigne plus la science électronique et un enseignement supérieur qui traite la fabrication électronique à la marge.
Deuxième surprise, les sous-traitants font le constat dramatique que les acheteurs de leurs clients, trop souvent issus de la filière commerciale alors qu’ils devraient être issus de filière technique, ignorent (ou feignent d’ignorer !) la valeur de ce qu’ils achètent ! Pourtant, on achète bien ce que l’on connait bien.
Non, la fabrication électronique n’est pas du plug and play comme on veut souvent le faire croire ! Un dossier de conception n’est pas un dossier de fabrication. Passer de l’un à l’autre nécessite de nombreuses compétences qu’il faut immanquablement rémunérer à leur juste valeur faute de quoi ce savoir-faire va disparaitre.
Il faut intégrer le fait que l’industrialisation est une étape de la création d’un produit au même titre que son développement et sa qualification. Et que les coûts engendrés ne peuvent pas être supportés par les seuls fournisseurs !
Les clients doivent être conscients que la saisie des nomenclatures, la codification des articles, le contrôle de non obsolescence, le choix des fournisseurs, le choix du conditionnement des composants, la réalisation du dossier de fabrication et de la stratégie de test, la réalisation des outillages et des programmes CMS, etc. représentent un nombre élevé d’heures de travail qui font partie des coûts indirects. Ceux-ci se sont envolés ces 15 dernières années passant ainsi à 30% voire à 45 % du coût total des prestations. Ces coûts de fabrication n’ont pas été répercutés dans les mêmes proportions sur le prix final. Pourtant, Il y a souvent plus de compétences dans les entreprises dites de sous-traitance que dans celles qui sont à l’origine du produit. 0n ne peut pas ignorer cela plus longtemps.
Les fournisseurs doivent être justement rémunérés de ces prestations soit en les facturant à part, soit en les répercutant sur les premières fabrications. Ne pas les rémunérer risque d’exposer les clients de la sous-traitance électronique à des prestations d’industrialisation au rabais et de ce fait à une qualité moindre de leurs produits. Alors que des nouvelles dispositions réglementaires vont imposer des garanties plus longues et l’obligation de réparation.
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